La chaîne italienne La7 a diffusé un document exclusif qui éclaire les circonstances du drame qui a coûté la vie à Abdel Rahim Faqir, 42 ans, citoyen d’origine marocaine résidant légalement en Italie et propriétaire d’une société de transport.
Selon la chaîne, la vidéo démontre que les forces de l’ordre n’ont pas agi de manière arbitraire ou disproportionnée, mais ont fait face à une crise psychique aiguë. Les agents ont multiplié les tentatives de médiation avant d’être contraints d’intervenir physiquement pour protéger les citoyens.
Une intervention mesurée
Les images montrent les policiers déjà sur place, observant la situation à distance. Abdel Rahim Faqir était allongé au sol près de l’escalier menant au garage, dans un état de confusion manifeste. Un agent a tenté de le calmer verbalement à distance, sans succès. Ce comportement reflète le respect des protocoles italiens de gestion des urgences psychiatriques, qui privilégient l’absence d’approche immédiate pour éviter toute escalade.L’attaque de la voiture civileLe tournant tragique survient avec l’arrivée d’une voiture civile.
Dans ce que les secours (118) ont qualifié d’« état de crise psychique », l’homme se précipite vers le véhicule et frappe violemment le capot et le pare-brise. Les deux occupants, des civils sans aucun lien avec l’incident, descendent et s’approchent. Une bagarre éclate immédiatement. C’est à ce moment précis que les policiers interviennent pour protéger les citoyens et empêcher des blessures plus graves.
Activation de la caméra corporelle
Au cœur de cette séquence critique, le plus jeune des deux agents, âgé de 23 ans et en service depuis moins d’un an, active pour la première fois sa caméra corporelle personnelle. Ce geste, qualifié d’exceptionnel, visait à documenter en temps réel les faits afin de protéger tant les forces de l’ordre que les citoyens contre toute interprétation erronée ou accusation infondée.
La vidéo, désormais en possession du parquet de Bologne, commence au moment où les policiers courent pour séparer les protagonistes et placer Abdel Rahim Faqir en sécurité.
L’avocat des deux agents a souligné que l’activation volontaire de la caméra constitue « une preuve irréfutable que son client n’avait rien à cacher ».
Selon la jurisprudence de la Cour de cassation italienne, un tel enregistrement est parfaitement recevable, car il capture un événement survenu dans un lieu public ouvert à tous.
Situation des policiers
Le jeune policier de 23 ans était en congé prévu de longue date. Son collègue de 28 ans a quant à lui subi des contusions lors de l’intervention et a obtenu 12 jours d’arrêt maladie. Dans un élan de solidarité, leurs collègues ont lancé une collecte de fonds pour couvrir les frais juridiques ; plus de 16 000 euros avaient déjà été rassemblés en fin de journée.
Autopsie confiée à des experts indépendants
Le parquet de Bologne doit nommer vendredi matin une commission d’experts indépendants, extérieurs à la ville, pour procéder à l’autopsie du défunt. Cette équipe comprendra un médecin urgentiste, un anatomopathologiste, un toxicologue et un cardiologue, afin de garantir la plus grande transparence et impartialité.
Première application du « Modèle 45 bis »
Dans une décision historique, le parquet a activé pour la première fois en Italie le « Modèle 45 bis », également appelé « scudo penale » (bouclier pénal), introduit par un récent décret de sécurité. Grâce à ce dispositif, les deux agents n’ont pas été inscrits automatiquement en tant que suspects, mais seulement dans le registre provisoire d’enquête.
Ce mécanisme vise à protéger les forces de l’ordre qui agissent dans l’exercice de leurs fonctions, en limitant les dommages à leur réputation et en réduisant la pression médiatique et psychologique.
Il impose également au procureur de clôturer le dossier dans un délai réduit (généralement 30 jours), soit par classement rapide, soit par poursuite de l’enquête, tout en garantissant aux agents l’ensemble de leurs droits de défense.
Dans le cas d’Abdel Rahim Faqir, le parquet a indiqué que l’usage de la force était justifié par la résistance de l’homme et le danger immédiat qu’il représentait pour la sécurité publique.
Cette affaire, qui continue de susciter de vives émotions des deux côtés des Alpes, sera désormais tranchée par les éléments objectifs fournis par la vidéo, l’autopsie indépendante et les analyses toxicologiques.


