les fusions ne racontent pas toutes la même histoire. Certaines sont motivées par une logique d’optimisation, tandis que d’autres marquent un véritable tournant. La fusion entre Sanlam Maroc et Allianz Maroc fait clairement partie de cette dernière catégorie. Depuis le 2 juillet, cette opération a permis l’émergence d’un des principaux acteurs du secteur de l’assurance au Maroc, affirmant ainsi la nécessité d’adapter l’offre à un marché en mutation rapide, qui demande de nouvelles expertises et une approche renouvelée de la croissance.
«Nous souhaitons créer un acteur plus utile. Ce n’est pas seulement une question de taille, mais d’apporter une réelle valeur à nos clients, à nos partenaires et au marché dans son ensemble», indique Yahia Chraïbi, Directeur général de Sanlam Maroc.
Cette fusion clôt un processus entamé en 2023 avec la formation de la joint-venture Sanlam Allianz, déjà mise en œuvre dans dix autres pays africains. Au Maroc, ce rapprochement a nécessité plus de deux ans de travail, supervisé par les autorités régulatrices, avant de donner naissance à une nouvelle entité. Celle-ci affiche plus de 8,2 milliards de dirhams de primes projetées pour 2025 et près de 23 % du marché non-vie.
Une fusion pour répondre aux évolutions du marché
Yahia Chraïbi souligne que cette nouvelle entité est avant tout une réponse à la transformation du contexte économique marocain. «Le rythme de changement est exceptionnel. Le Maroc évolue rapidement, et les attentes de nos clients évoluent à un rythme soutenu, il est donc impératif que nous puissions y répondre», précise-t-il.
Les grands projets d’infrastructure, l’internationalisation des entreprises marocaines, la montée de nouveaux risques et la complexité croissante des besoins font partie des éléments poussant les assureurs à revoir leur modèle d’affaires. Dans ce sens, la synergie entre Sanlam Maroc et Allianz est d’une pertinence particulière. Elle combine un ancrage local solide, propre à Sanlam Maroc, et l’expertise technique, la culture de l’innovation et l’envergure internationale d’Allianz, visant à élargir le champ d’action de la nouvelle société.
Le nouvel ensemble compte plus de 750 agences réparties dans 237 villes et 230 localités rurales, augmentant ainsi sa proximité avec les assurés. De plus, avec près de 25 milliards de dirhams d’investissements dans l’économie marocaine et un accès élargi aux expertises internationales des groupes Sanlam et Allianz, la compagnie est en mesure d’accompagner les entreprises marocaines sur le continent africain grâce à une couverture intégrée dans une trentaine de pays. Toutefois, pour le dirigeant, cette expansion ne se résume pas simplement à un accroissement de ressources.
«Lors de la révision du parcours client, nous nous concentrons sur ce qui fonctionne le mieux chez Sanlam et chez Allianz. Nous cherchons à combiner le meilleur des deux mondes», précise-t-il. La fusion a été préparée bien avant son implémentation, avec plus de 200 ateliers rassemblant les équipes des deux sociétés pour définir les futurs processus et outils de l’entité. «L’aspect humain est le défi principal d’une fusion», admet Yahia Chraïbi. Les deux ans de préparation ont permis de limiter l’impact social de la fusion, principalement par le gel progressif des recrutements et la mobilité interne.
Une croissance sélective
Bien que la nouvelle société prenne de l’envergure, sa philosophie reste inchangée. «Notre objectif n’est pas simplement d’accroître notre taille, mais de viser la rentabilité», affirme le Directeur général. Le message est clair : l’objectif n’est pas de conquérir des parts de marché à tout prix, mais de maintenir l’équilibre technique de l’entreprise.
Cette approche se caractérise par une gestion sélective des portefeuilles et la volonté de décliner certains contrats lorsque leur sinistralité menace la rentabilité. La fusion ouvre également la voie à des investissements dans des segments moins développés.
«Cette fusion nous permet enfin de consacrer du temps et des ressources à des niches de marché», indique Yahia Chraïbi, en évoquant les nouveaux risques ainsi que des solutions adaptées aux entreprises et des produits visant à couvrir des besoins insuffisamment satisfaits. L’ambition dépasse la simple consolidation : «Nous ne cherchons pas à se battre pour une plus grande part du même marché, mais à élargir ce marché», résume t-il.
À court terme, la priorité est d’assurer une transition fluide. Les contrats, garanties et interlocuteurs resteront identiques, tandis que de nouveaux produits et solutions seront introduits progressivement. La compagnie devrait également adopter, dans les mois à venir et sous réserve des dernières autorisations réglementaires, le nom de Sanlam Allianz Maroc, rejoignant ainsi les autres filiales fusionnées sur le continent.
Pour Yahia Chraïbi, l’évaluation ne se fera pas seulement à l’issue de cette fusion ou lors de la publication des résultats financiers. «Dans dix ans, si nous constatons que cette fusion a apporté quelque chose de nouveau au marché marocain, alors notre mission sera accomplie», conclut-il. Au-delà des chiffres financiers, c’est la capacité à transformer cette évolution en innovation, en proximité et en nouveaux usages qui déterminera le succès de cette nouvelle entité, et qui indiquera si cette fusion a été un simple rapprochement ou le début d’une nouvelle ère pour l’assurance marocaine.
Assurances : Le secteur montre sa solidité en 2025
Le secteur marocain des assurances a poursuivi sa croissance en 2025, confirmant sa résilience face à un environnement économique incertain, selon le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques (CCSRS), récemment réuni à Rabat. Le chiffre d’affaires du secteur a atteint 63,2 milliards de dirhams, en hausse de 7,5% par rapport à 2024, soutenu par la branche vie (+8,4%) et la non-vie (+6,6%). La collecte dans l’activité épargne a notamment contribué à la progression de la branche vie, enregistrant une hausse de 8,9%. La rentabilité a également connu une amélioration, le résultat net atteignant 5,3 milliards de dirhams, en progression de 21,4%, notamment grâce à des performances financières favorables. Le rendement des fonds propres (ROE) a atteint 11,1%, son niveau le plus élevé en dix ans. Dans ce contexte, les stress tests de 2025 indiquent une résilience globale des compagnies d’assurances face à des conditions macroéconomiques et techniques défavorables, consolidée par une amélioration du ratio de solvabilité réglementaire, qui s’établit à 409,4 %.
Fnh.ma


