Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a fait des déclarations qui ont suscité une vague de controverse et de mécontentement dans les milieux tunisiens et régionaux, où il semblait parler de la Tunisie comme si elle était un état algérien ou une propriété privée dont personne ne pouvait s’approcher.
Tebboune a utilisé un langage familier proche d’un argot de rue, menaçant de « faire un campement pour ses parents » à quiconque tenterait d’apporter le terrorisme à la frontière tunisienne ou menacerait sa stabilité.
Ces propos, diffusés par la présidence algérienne dans des extraits de son entretien médiatique régulier, n’étaient pas simplement une expression de solidarité, mais révélaient une mentalité de tutelle explicite considérant la sécurité de la Tunisie comme une prolongation de la sécurité algérienne, voire comme une affaire intérieure algérienne.
Cette sortie intervient à un moment très sensible. Il y a seulement deux jours, le 25 juillet 2026, des milliers de Tunisiens (environ 2500 manifestants selon les estimations) sont descendus dans les rues de la capitale pour commémorer le cinquième anniversaire des mesures exceptionnelles de Kais Saïed, brandissant des slogans tels que « Le peuple veut faire tomber le régime » et « Pas d’électricité, pas d’eau, prison et hausse des prix ».
Les manifestations exprimaient un profond mécontentement populaire face à la détérioration des conditions de vie et économiques, ainsi qu’aux coupures d’électricité et d’eau récurrentes en pleine vague de chaleur intense. Au lieu de reconnaître le droit du peuple tunisien à manifester pacifiquement, les déclarations de Tebboune semblaient une tentative de dépeindre toute opposition ou protestation interne comme une menace terroriste visant la stabilité du voisin.
Ce style est familier en Algérie elle-même, où les opposants et les demandeurs de droits, notamment dans la région des Kabyles à l’orientation indépendantiste historique, sont étiquetés comme terroristes ou séparatistes, et cette stigmatisation est utilisée pour justifier la répression contre des associations, des organisations et des individus.
Plus ironique encore, l’Algérie, qui fournit de l’électricité à la Tunisie par le biais d’accords d’échange énergétique, n’a pas réussi à garantir sa propre stabilité énergétique durant cette même période.
Une forte vague de chaleur s’est installée au-dessus de l’Afrique du Nord, entraînant une vague de chaleur exceptionnelle avec des températures dépassant 48-49 degrés Celsius dans plusieurs villes tunisiennes et algériennes. L’Algérie a enregistré une défaillance technique dans l’installation de Sidi Akhiba à l’est du pays, impactant directement les approvisionnements vers la Tunisie, ce qui a contraint la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) à recourir à des coupures périodiques d’électricité pour de longues heures dans de vastes zones, y compris la capitale.
La situation était de bien pire en Tunisie, où les interruptions ont entraîné des souffrances quotidiennes aiguës, des fermetures de commerces, et même des décès liés au dysfonctionnement des appareils médicaux, tandis que l’Algérie gérait rapidement la défaillance.
Comment un pays qui échoue à fournir de l’électricité à son voisin peut-il revendiquer la tutelle et la protection ?
Ces déclarations n’ont pas été ignorées. En Tunisie, des voix médiatiques et politiques les ont considérées comme une ingérence flagrante et un ton de tutelle qui oublie que la Tunisie est un État indépendant et souverain. Des voix tunisiennes ont réclamé des clarifications sur la nature de l’accord de défense signé entre les deux pays en octobre 2025, qui avait déjà suscité des controverses après des fuites évoquant des possibilités d’intervention sécuritaire algérienne, malgré le démenti des autorités tunisiennes quant à toute atteinte à la souveraineté.
Sur les plateformes de réseaux sociaux, des réactions ont émergé, rejetant la tutelle algérienne, dénonçant le traitement de la Tunisie comme une annexe frontalière, et exigeant le respect de l’indépendance de la décision nationale.
🚨 Le Président Tebboune 🇩🇿 : « Celui qui touche à la Tunisie 🇹🇳, nous touche aussi. On veut déstabiliser la Tunisie à cause de l’Algérie. On veut l’isoler de l’Algérie pour pouvoir la manger, la bouffer facilement, et on ne laissera pas faire. Celui qui veut amener le terrorisme… pic.twitter.com/jOCf7TxdCh
— Springfield (@springfield_dz) 28 juillet 2026


